03/08/2011
Le BEA accusé d'avoir édulcoré son rapport sur le vol Rio-Paris
PARIS (Reuters) - Des pilotes et une association de victimes se sont élevés mercredi contre le retrait dans un rapport officiel sur l'accident du Rio-Paris d'une recommandation sur l'alarme de décrochage de l'Airbus A330, qui revient au centre de l'enquête.
Le Syndicat national des pilotes de lignes (SNPL, majoritaire) a ainsi annoncé la suspension de sa participation à l'enquête tant que le Bureau d'enquêtes et d'analyses (BEA) ne se serait pas expliqué sur la suppression de ce point capital.
Le BEA a mis en cause vendredi la formation et les réactions de l'équipage après le décrochage de l'avion, qui s'est abîmé dans l'Atlantique le 1er juin 2009, faisant 228 morts.
D'après Les Echos et La Tribune, la recommandation sur l'alarme de décrochage ne figure pas dans le troisième rapport d'étape publié vendredi dernier alors qu'elle avait été intégrée dans une première version.
Air France a envoyé le 1er août un courrier à l'Agence européenne de la sécurité aérienne (AESA) pour demander que cette question soit rapidement réexaminée, disent les quotidiens.
A la suite de ces articles, le BEA a reconnu avoir effectivement ôté cette recommandation du texte final car les expertises réalisées sur ce sujet ne semblaient pas complètes aux enquêteurs.
Une porte-parole a précisé que le possible "fonctionnement erratique" de l'alarme de décrochage serait examiné dans le cadre d'un groupe de travail "facteurs humains", avant de décider de l'adoption d'une recommandation.
Mais le SNPL souligne que sa confiance dans le BEA est "sérieusement entamée".
INSTRUCTION À CHARGE ?
"Pourquoi avoir ignoré dans le rapport officiel la recommandation concernant l'alarme de décrochage ? D'autres modifications significatives ont-elles été apportées au rapport ?", demande-t-il dans un communiqué.
Pour le syndicat, les pilotes "n'entendent pas fuir leurs responsabilités mais ils n'accepteront pas que cette enquête se transforme en une simple instruction à charge contre l'équipage."
L'association de victimes françaises Entraide et solidarité AF447 dénonce également l'attitude du BEA et demande la publication immédiate de la recommandation effacée.
"Il n'est nul besoin d'attendre les hypothétiques conclusions d'un groupe 'facteurs humains' pour réagir uniquement sur des critères de bon sens", estime son président, Robert Soulas, dans un communiqué.
La suppression de cette recommandation dans le rapport publié vendredi "jette définitivement le discrédit sur l'investigation technique et génère une crise de confiance sans précédent envers les autorités d'enquêtes", ajoute-t-il.
Le rapport confirme que la séquence fatale a bien été déclenchée par le givrage des sondes mesurant la vitesse, ce qui a entraîné la perte du pilote automatique et celle des protections contre le décrochage.
Mais les responsables de l'enquête technique ont estimé que la situation était "rattrapable" et que c'est l'action de l'équipage qui a fait tomber l'avion dans l'Atlantique.
Or, le rapport du BEA a été jugé "partial" et "très orienté vers la défense d'Airbus" par de nombreux acteurs du dossier.
"STALL"
Les syndicats de pilotes et Air France considèrent que les dysfonctionnements de l'alarme ont joué un rôle majeur puisque "les multiples activations et arrêts intempestifs et trompeurs, en contradiction avec l'état de l'avion, ont fortement contribué à la difficulté pour l'équipage d'analyser la situation".
"Stall, stall, stall": c'est par ces mots prononcés par une voix automatique, qui signifient mettre en perte de vitesse, que l'alarme de décrochage prévenant les pilotes que l'avion n'est plus soutenu par l'air se manifeste dans le cockpit des Airbus.
Selon le responsable d'un syndicat de pilotes, cette alarme se manifestait d'une façon intempestive et certains pilotes avaient pris l'habitude de ne pas en tenir compte.
Les conversations des pilotes du Rio-Paris laissent penser qu'ils n'ont pas tenu compte de l'alarme, d'autant que les vitesses enregistrées par l'avion étaient fausses en raison de la défaillance des sondes Pitot.
Les pilotes se sont vu reprocher d'avoir cabré l'appareil au lieu de le faire piquer comme ils l'auraient dû dans une situation de décrochage.
Gérard Bon, édité par Sophie Louet et Gilles Trequesser







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